Quand Gilbert Cocteau révolutionnait le manga

Oui, vous avez bien lu, Gilbert Cocteau. Cela sonne étrange à l’oreille, et l’œil cligne un peu. Pourtant ce n’est ni une erreur de frappe, ni un oubli du correcteur. L’article qui suit est bien consacré à « Gilbert » et non à « Jean », ayant certes en commun un phonème, mais surtout un nom. Gilbert Cocteau est à peu près inconnu en France, et pour cause : il est le personnage principal d’un manga japonais qui n’y a jamais été traduit officiellement. Pourtant Gilbert est une référence incontournable au Japon, un classique, car il est le héros d’une saga qui a profondément marqué l’histoire de ce genre, de même que son autrice.Paru entre 1976 et 1984, Kaze to ki no uta de Keiko Takemiya est considéré comme l’un des premiers shonen-aï, genre qui évolue ensuite en « Boys Love (BL) » ou « Yaoi », c’est-à-dire des mangas qui racontent des amours homosexuelles entre jeunes garçons, et il a marqué par son côté subversif des générations de lycéennes et de lycéens japonais. Ce numéro des Cahiers Jean Cocteau s’intéressant à « Cocteau en fiction(s) » sans en préciser le prénom, il m’a semblé pertinent d’étudier le cas « Gilbert Cocteau ». En commençant par la question que se pose toute lectrice et tout lecteur de Jean Cocteau : cela peut-il être un hasard, une homonymie quelconque, qu’un personnage de manga porte le même patronyme que le poète ? La réponse est catégorique : aussi bien sémantiquement, thématiquement que culturellement, c’est impossible. Sémantiquement, le mot n’existe pas en japonais, même par transcription phonétique approximative. Culturellement, on sait assez la place qu’occupe Jean Cocteau dans la culture littéraire au Japon[1], pour pouvoir affirmer qu’il y a bien une intention de la part de l’autrice, en choisissant un tel patronyme pour son personnage. Enfin thématiquement, malgré l’écart esthétique entre l’œuvre française et la bande dessinée japonaise, des rapprochements sont trop évidents pour être le fruit du hasard. Dès lors, quels liens existent entre Jean et Gilbert, cet autre Cocteau de fiction ?

Pour répondre à cette question, j’aurais aimé m’entretenir avec la mangaka Keiko Takemiya. Lauréate du prix Shogakukan avec ce titre en 1980. Elle est l’une des autrices de manga les plus reconnues du Japon, devenue par la suite doyenne de l’université Kyoto Seika, faculté privée de manga qui forme les futurs spécialistes du genre. Ayant contacté son université mais également l’éditeur français NaBan qui a récemment publié Destination Terra, un autre de ses mangas, je n’ai malheureusement – pour l’instant – pas obtenu de réponse. Cependant, il restait envisageable de mener cette enquête non pas du côté de la production mais de la réception, en réfléchissant aux significations que revêt le nom propre Cocteau, dans deux aires culturelles (Japon/France) mais surtout pour deux publics différents (les lecteurs de manga/les lecteurs de Cocteau). Quelles manières de lire, quelles pistes d’interprétation la clé « Cocteau » inscrit-elle dans le manga, pour un lecteur coctalien possédant d’autres références culturelles que celles de ce genre ? Quelle place ce nom propre occupait-il au Japon au moment de la parution Du poème du vent et des arbres, titre du manga traduit en français,et avec quoi dialoguait-il, dans et hors du texte, pour un lecteur de manga ? Je reprendrai la notion de « communauté interprétative[2] » de Stanley Fish pour ce travail de double lecture d’un même texte, en m’appuyant sur l’idée que l’interprétation proposée par un lecteur construit l’œuvre qu’il lit, en y reconnaissant et en lui attribuant certains traits caractéristiques du contexte socio-culturel dans lequel il se trouve. En effet, pour Stanley Fish, « les significations ne sont la propriété ni de textes stables et fixes ni de lecteurs libres et indépendants, mais de communautés interprétatives qui sont responsables à la fois de la forme des activités d’un lecteur et des textes que cette activité produit[3]. » Mon hypothèse sera la suivante : là où le nom propre de l’auteur entraîne pour des lecteurs de Cocteau un effet de surprise et concentre l’attention, créant des effets de sur-signifiance dans le texte, aussi bien biographiques qu’intertextuels, autrement dit une lecture focalisée, centripète, au contraire, pour des lecteurs de manga, ce nom propre s’intègre à d’autres références culturelles liées à un support, un ensemble d’auteurs, un genre, ramenant alors le mot à une certaine in-signifiance, autrement dit une lecture décentrée, centrifuge.

Le manga Kaze to ki no uta n’a pas été traduit officiellement en France, ce qui permet de jouer pleinement le scénario de la lecture selon la communauté interprétative des amis de Jean Cocteau. On peut considérer que celle-ci se constitue autour de l’admiration vouée à l’auteur et à son œuvre, et d’un savoir-faire littéraire de lectrice et de lecteur, acquis en partie à l’école et en partie en partageant avec d’autres un même goût pour l’auteur[4]. Le texte sur lequel repose l’expérience est une version non officielle du manga, réalisée par un collectif de fans de l’autrice, qui s’est attelé à la traduction de la saga sur internet[5]. Une telle pratique est caractéristique de la seconde communauté interprétative que nous examinerons : non pas des lectrices et des lecteurs de Cocteau, mais de mangas, dont les codes, les attentes, les conventions sont autres. Enfin je mentionne aussi l’existence d’un anime de 90 minutes réalisé en 1987 avec la collaboration de l’autrice, synthétisant la saga, et sur lequel je m’appuierai parfois pour cette étude en réalisant des captures d’écran de la vidéo.

La longueur du manga, – 17 tomes à l’origine – a pu sans doute être dissuasive pour les éditeurs étrangers, même si des classiques du genre, traduits en français, présentent des formats similaires. Une autre explication vient de l’histoire elle-même, peu en phase avec les publics en France : elle se passe à la fin du XIXe siècle, dans un pensionnat près d’Arles, et raconte le quotidien d’un jeune lycéen (Gilbert Cocteau), qui séduit et couche avec ses condisciples ou avec des hommes adultes, pour parvenir à ses fins. Personne ne résiste à sa beauté androgyne, pas même Serge Battour, – le garçon qui partage sa chambre et narrateur de l’histoire, qui se souvient de sa jeunesse –, qui pourtant essaie de le ramener sur le droit chemin et de soigner ses blessures intimes.

Figure 1 : Gilbert et un amant au réveil, première planche du manga.
Figure 2 : Convocation de Gilbert chez le directeur du pensionnat.

Le premier tome s’ouvre ainsi sur une étreinte entre deux garçons, et c’est de cette façon que le lecteur rencontre le personnage de Gilbert, en associant un prénom à une silhouette gracile et dénudée, grâce à un soupir de plaisir poussé par son partenaire. À peine quelques pages plus loin, une autre planche mêle deux espaces : l’intérieur et l’extérieur du bureau du directeur. Alors qu’un nouveau pensionnaire (Serge) y est amené pour se présenter et patiente devant la porte, Gilbert lui, règle ses problèmes d’absentéisme en s’offrant au directeur. Une seconde fois, le corps du personnage est montré dans une position lascive, bras écartés, regard perdu. Deux fois explicitement, il fait usage de son corps, pour son plaisir ou par intérêt, sans qu’il ne semble nullement affecté. L’incipit trace donc un premier portrait du personnage de Gilbert pour les lecteurs, ailleurs qualifié de « pute » par ses condisciples. Viol, inceste, pédophilie, drogue, homosexualité, scènes de sexe explicites, difficile de ne pas trouver Kaze to ki no uta inapproprié pour un lectorat jeune, public longtemps associé au genre du manga. Au Japon, dans les années 1970, l’autrice a mis plusieurs années avant de parvenir à publier cette histoire. Alors même que ce titre y est devenu culte, il ne connaît aucune traduction à l’étranger, même quand les mangas commencent à bien s’exporter à partir de la fin des années 1990. La première traduction est celle de l’éditeur espagnol spécialisé Milky ways ediciones en 2018[6]. Cette première traduction, – 10 tomes, chacun de 320 pages –, n’est pas anodine : la conjoncture actuelle semble favorable : le genre du manga occupe un espace éditorial de plus en plus important en Europe, de même que la catégorie « young adult » apparue ces dernières années. Les mœurs en outre ont beaucoup évolué, et des histoires homosexuelles entre garçons, incluant des scènes de sexe, sont envisageables aujourd’hui dans les rayons de librairies, certaines aménageant par exemple des espaces spécifiques pour la littérature LGBT++. Ces transformations de l’édition et de la librairie sont un prolongement, un écho du discours social global, qui accorde une place importante aux questions de genre, à la représentation des minorités, et en lisant Kaze to ki no uta, on est convaincu de son côté actuel, alors même que le manga a plus de quarante ans.

Quand la communauté Cocteau lit Kaze to ki no uta

Une fois posées ces précautions d’usage, nous pouvons reprendre notre enquête sur le nom « Cocteau » donné à ce personnage présenté d’emblée comme sulfureux. Il est important de signaler que le patronyme apparaît peu au fil de l’histoire. D’ailleurs en France, l’anime est connu sous le titre Gilbert et Serge. En revanche, pour l’œil de l’amatrice et de l’amateur de Cocteau qui découvre le manga, il occupe une place stratégique, propre à infléchir (flécher) toute sa lecture : la page liminaire.

Figure 3 : Prologue de Kaze to ki no uta.

Alors que le quotidien des pensionnaires est raconté la plupart du temps sans intervention d’un narrateur, au fil des dialogues entre jeunes gens, régulièrement, en tête de chapitre, sur une page pleine, le narrateur Serge Battour devenu adulte, reprend la parole et livre ses pensées mélancoliques sur le « tumulte de sa jeunesse ». Cette première page explicite le titre, « le poème du vent et des arbres », métaphore de la relation entre les deux garçons, chaque élément représentant symboliquement le caractère d’un personnage. Serge, solide comme les arbres, a pourtant été tourmenté par l’insaisissable Gilbert. Cette fois le patronyme du personnage est mentionné immédiatement, puisque le narrateur s’adresse à son ancien camarade et que Gilbert Cocteau est le destinataire de ce passage lyrique : « Gilbert Cocteau, tu étais une grande fleur qui s’épanouira à jamais dans ma vie ». En plus de cette adresse directe, un portrait en plan ¾ est fait d’un garçon blond, androgyne, à la tenue soignée, que le lecteur associe immédiatement au dédicataire. Or pour le lecteur français, commence dès cette première page une chasse aux indices qui vont lui permettre de faire le lien entre le Cocteau qu’il connaît, et ce support exotique, atypique, où il le trouve. Des détails, iconographiques, textuels, vont faire sens, par le seul prisme du nom propre, devenu clé de lecture. Par exemple, la beauté de Gilbert n’est pas sans évoquer le profil d’éphèbe que Jean Cocteau dessine sans cesse et qui lui fera dire, de sa rencontre avec Jean Marais qu’il « l’a reconnu ». La thématique des amours homosexuelles oriente alors immédiatement vers une lecture biographique de l’œuvre.

En effet, au fil du manga, on découvre que Gilbert est amoureux d’Auguste Beau, un jeune oncle qui l’a élevé, et s’occupe de son éducation. Le garçon est comme fasciné par l’adulte, qui exerce un pouvoir sur lui, par sa culture, son raffinement. L’onomastique est éclairante pour le personnage, puisque son nom affiche d’emblée sa beauté superlative, presque sacrée. L’esthète du manga forge l’adolescent comme il l’entend, agissant de loin, dans l’ombre, mais déterminant toute sa vie. Or cette relation perverse à l’adulte évoque sans peine Cocteau et ses jeunes amants, d’autant plus qu’Auguste est un poète reconnu, très apprécié dans la société parisienne. Sans que cette relation incestueuse ne représente un moment exact de la vie de l’auteur, elle peut en même temps subsumer l’ensemble de ses relations avec des hommes plus jeunes que lui et qui manifestaient publiquement leur admiration pour lui. Ainsi de Jean Marais, qui n’a eu de cesse d’expliquer dans les médias le rôle de Cocteau dans sa formation intellectuelle et artistique, sa place de mentor, de Pygmalion, presque de père de substitution. Dans le manga, la tonalité est très dramatique car Auguste fait souffrir sadiquement Gilbert pour l’endurcir. En outre, on découvre à la fin qu’il est le véritable père de l’adolescent ! Ce dernier au fil des tomes passera par les affres de la drogue, avant de se jeter sous une voiture, par désespoir, à cause de l’amour fou qu’il éprouve pour son oncle. Là encore, sans reprendre évidemment un épisode biographique précis, certaines frasques largement médiatisées de la vie de Cocteau viennent en tête, par exemple Paul Thévenaz et sa mutilation pour le poète, ou la toxicomanie d’Édouard Dermit. Le sensationnalisme médiatique trouve donc une sorte d’équivalent dans l’aspect mélodramatique et hyperbolique du manga. Le personnage de Gilbert, présenté dès le départ comme une figure d’amant, polarise potentiellement une lecture biographique, représentant non pas Jean Cocteau lui-même, mais les jeunes hommes qui ont fait partie de sa vie.

Cependant ce jeune garçon blond, au port de tête aristocratique et qui effraie ses congénères pourra aussi à certains égards évoquer le poète lui-même, issu de la haute bourgeoisie, le « prince frivole » dans ses jeunes années. En effet le personnage de Gilbert se caractérise par son élégance, sa froideur, sa distinction. Moqueur et méprisant, on peut aussi projeter sur lui l’image du poète mondain aux tenues raffinées et parfois excentriques. Ainsi sur l’image qui suit, Gilbert se distingue de ses congénères qui portent l’uniforme par son peignoir de soie à motifs, et son foulard qu’il fait bouffer au niveau du cou et de la poitrine, en rupture avec le code vestimentaire du pensionnat. Les autres ne manquent pas d’ailleurs de signaler sa singularité par des quolibets homophobes, les mêmes qu’une certaine partie des journalistes a pu faire au sujet de Cocteau.

Figure 4 : Portrait de Jean Cocteau, rue Vignon ©D.R.
Figure 5 : Gilbert se rend au club des garçons du pensionnat.

Pour les plus experts, la tenue de Gilbert présente de lointaines réminiscences à certains entretiens du jeune poète chez lui, par exemple dans Comoedia en 1910[7], où il reçoit le journaliste au retour d’un bain de mer en « pyjama de miel d’or » ; mais l’anecdote médiatique restée la plus célèbre reste sans doute celle du fameux pyjama rose qu’il exhibe, d’après Bernard Faÿ, alors qu’il officie comme ambulancier aux côtés d’Etienne de Beaumont sur le front.

Un autre détail en particulier fait penser au Cocteau médiatique : l’attention dans le dessin portée aux mains du personnage. Celles-ci sont fines, longues, sensuelles, elles contribuent à faire de lui un personnage ambivalent, à la fois manipulateur et fragile. Mais pour les connaisseurs de Cocteau, ce détail sera effectivement un point commun avec la posture ou l’image d’auteur du poète, comme on le voit bien par exemple sur la photo ci-dessus, où les mains de l’artiste – qui tiennent le stylo ou sculptent, ici – sont au premier plan[8]. Emblématiquement le manga s’ouvre sur des images des mains du personnage, main crispée dans l’étreinte amoureuse et mains ouvertes et pendantes signifiant la vulnérabilité, dans le bureau du directeur. L’adaptation en anime[9] reprend d’ailleurs cette attention portée aux mains des personnages, dans la grande scène d’amour entre Serge et Gilbert. Gilbert provoque son colocataire en lui disant qu’il aime être pris dans les bras de garçons et qu’il ne s’agit pas « juste » de chastes embrassades. Serge est choqué mais quand le diable blond se rapproche de lui et l’embrasse, il ne peut résister. Le dessin se recentre alors sur sa main qui tente de se débattre puis monte et s’accroche au rideau, tandis qu’un changement dans la coloration de l’image semble figer ce moment d’extase hors du temps.

Lire Kaze to ki no uta par le prisme du nom propre initial peut donc rapidement faire du manga un hommage détourné au poète français, par les nombreuses anecdotes biographiques qui semblent presque jaillir à mesure que l’on porte attention à certains détails. Au plaisir de reconnaissance de l’homme se mêle alors celle de l’œuvre, dans une lecture intertextuelle qui elle aussi ne cesse de s’étendre en de nouvelles ramifications, plus on se plonge dans le texte et que l’on crée cognitivement des rapprochements entre la fiction japonaise et les différents textes de Jean Cocteau. Il ne sera donc pas question ici de les épuiser toutes, mais plutôt d’en montrer les mécanismes, en soulignant le plaisir du lecteur à trouver/créer ce type de connexion. La référence qui semble s’imposer est le roman des Enfants terribles. L’âge des protagonistes (14 ans au début du manga), le cadre de l’école, les liens passionnés entre les adolescents font que cette référence s’impose immédiatement quand on découvre le manga. Gilbert Cocteau devient alors très vite un second Dargelos. D’abord il s’agit d’un élève rebelle, qui n’hésite pas à défier les adultes et l’autorité. Il se soucie peu d’aller en cours, puisque durant tous les premiers tomes, ses camarades constatent son absence. Ses notes sont catastrophiques, il a une figure de cancre, mais les autres le craignent car il fréquente des « grands » et se montre rebelle et indépendant. Comme Dargelos également, il suscite la fascination chez d’autres garçons, condisciples ou plus âgés que lui. À l’image du début des Enfants terribles où Paul languit d’amour pour le collégien arrogant, plusieurs scènes du début du manga montre des hommes ou des garçons suppliant Gilbert, l’esprit complètement retourné par son charme et sa beauté, et prêts à tout pour coucher avec lui. De son côté le jeune pensionnaire fait preuve du même dédain que Dargelos. Même s’il use de ses charmes en vendant son corps, il reste inatteignable, au grand dam de tous ses prétendants. L’intrigue amoureuse principale entre Serge et Gilbert repose d’ailleurs sur ce principe de l’amour impossible, entre Serge qui veut sauver son camarade mais est irrésistiblement attiré par lui, et Gilbert, qui joue de son charme pour tenter son ami, tout en étant amoureux de son oncle. Cette vénération entre jeunes gens évoque bien sûr également celle qu’éprouve Gérard pour Paul au début du roman de Cocteau, et on retrouve un même jeu de miroirs des amours enfantines au travers des différents pensionnaires du Poème du vent et des arbres.

Mais Gilbert est aussi un adolescent qui souffre d’amour, à cause du cruel Auguste Beau. Figure de tentateur et de victime, les nombreuses scènes où on le voit alité et bordé par son colocataire Serge semblent redistribuer les rôles et cette fois évoquer le fragile Paul, au chevet duquel veille Élisabeth. Le dessin animé insiste particulièrement sur les souffrances de Gilbert, dont le corps est malmené par ses amants, et qui malgré lui ne peut pas se passer de cette violence. À plusieurs reprises on le voit évanoui, poupée de chiffon, à la merci de tous et protégé seulement par Serge, qui le déshabille, le borde et l’apaise dans son lit. Le jeune garçon rejette son désir pour Gilbert, et s’occupe de lui comme le ferait un frère ou une sœur. La chambre devient d’ailleurs l’espace privilégié où éclot leur relation, et revêt une importance significative, tout comme dans le roman, où elle est le lieu magique et pur de l’enfance. Visuellement dans la mise en scène de l’image, l’anime de 1980 semble même s’inspirer directement de l’adaptation cinématographique de Jean-Pierre Melville en 1950.

Figure 6 : La chambre de Serge et Gilbert au pensionnat, Kaze to ki no uta SANCTUS, 1987.
Figure 7 : La chambre des enfants terribles, Jean-Pierre Melville, Les Enfants terribles, 1950. © D.R.

La lecture intertextuelle peut ainsi devenir de plus en plus précise : en tirant sur le fil, ce n’est plus simplement un thème, mais un personnage, puis un motif qui ressort. Aussi, dans le manga comme dans l’anime, une scène de neige évoque immédiatement pour un lecteur coctalien l’incipit des Enfants terribles, alors même qu’il n’y a pas de boule gelée venant blesser à la poitrine un personnage. Dans le manga c’est même une scène assez joyeuse où Serge, enfant gai élevé au Tyrol, retrouve des sensations de sa petite enfance. L’anime quant à lui en fait bien le décor d’une scène dramatique puisque la nuit glacée devient le cadre d’une fuite éperdue de Gilbert, qui revient transi et quasi mort de froid se coucher dans le giron de son ami protecteur. Rien de commun a priori, si ce n’est des sèmes épars (la neige, le froid, l’amour, le cœur, la blessure), que le lecteur animé par ce désir de faire le lien avec le sésame « Cocteau » va réagencer pour lire une sorte de réécriture de la scène initiale.

Figure 8 : Épisode de la tempête de neige, Kaze to ki no uta, SANCTUS, 1987.
Figure 9 : Épisode de la tempête de neige, Kaze to ki no uta, SANCTUS, 1987.

Cette manière de lire et les significations qui en découlent, du fait de l’attention portée au nom de famille de Gilbert, n’est donc pas la même que celle d’un lecteur de manga, habitué à d’autres références liées au genre. C’est davantage celle d’un non initié, dont les références sont plus classiques ou scolaires. Un enseignant (chevronné) voulant travailler sur Les Enfants terribles pourrait, par exemple, proposer cette réinterprétation à ses élèves. Il y a fort à parier que les lecteurs de manga ne verraient pas les mêmes signes dans les éléments que nous avons interprétés à l’aune du nom propre du personnage. Appartenant à une autre communauté interprétative, leur perception de la saga sera sans doute plus proche de celle de la première réception qui a eu lieu à la fin des années 1970, début des années 1980, au Japon, du fait de leur habitude des codes du genre et de leur expérience de lecture. Encore une fois, il ne s’agira pas là de jouer aux devinettes en essayant de savoir comment le manga a été lu à l’époque, ou comment cette référence à Cocteau était comprise – ce qui est matériellement impossible –, mais davantage de cerner, avec les éléments contextuels à notre disposition, comment le nom propre « Cocteau » peut être signifiant différemment, une fois mis en lien avec d’autres signes du texte.

Quand les amateurs de manga lisent Kaze to ki no uta

Le personnage de Gilbert Cocteau semble avoir marqué profondément la vie ou du moins la carrière de la mangaka Keiko Takemiya, puisqu’elle intitule son autobiographie en 2019 Il s’appelait Gilbert, avec le portrait du jeune garçon blond sur la couverture. Il est intéressant de voir que le nom de famille qui nous intéresse a disparu. Pour les lecteurs japonais, le prénom semble donc auto-suffisant et sert de repère. En effet ce personnage est emblématique d’un grand changement dans l’histoire du manga. Pendant longtemps celui-ci se divise en manga pour filles et pour garçons (entre autres), les auteurs étant principalement des hommes, dont le plus connu est sans doute Tezuka Osamu, qui proposent des histoires suivant des stéréotypes genrés. Le shojo, manga pour filles, met ainsi en scène des personnages féminins et se caractérise souvent par une tonalité onirique et des histoires d’amour fleur bleue. Beaucoup sont des adaptations de contes, par exemple. Or le succès grandissant du genre entraîne un accroissement de la production éditoriale à la fin des années 1960, avec la création de magazines spécialisés et donc un besoin de nouveaux auteurs. Hervé Brien écrit ainsi que « les hommes étant de plus en plus sollicités pour les titres shônen, les femmes arrivent de plus en plus nombreuses dans le shôjo. Avantage supplémentaire, leur jeune âge permet une plus grande proximité des magazines avec leur lectorat[10]. » C’est donc l’occasion pour un certain nombre d’autrices de se faire publier, amenant du changement aussi bien dans le milieu du manga que dans les œuvres mêmes. L’un des plus radicaux est sans doute le changement de personnel : pour sortir des schémas tout faits qui correspondent aux personnages féminins et les enferment dans des rôles très contraints, au début des années 1970 des mangakas vont utiliser des personnages masculins dans leurs histoires, et ainsi gagner en liberté. Mizuno Hideko dans la série Fire !, parue entre 1969 et 1971 met pour la première fois en scène un protagoniste masculin ayant une relation sexuelle avec un autre garçon, dans le magazine shôjo Seventeen, qui s’adresse à un large public d’adolescentes. La liberté artistique rejoint donc la libération des mœurs pour les jeunes lectrices qui voient se renouveler leurs lectures, comme l’explique Fujimoto Yukari :

Représenter un personnage principal masculin permettait de montrer une maîtrise plus indépendante de son destin, lui faire vivre des histoires d’amour plus audacieuses. Ce fut à la fois une découverte narrative et un défi d’expression. Et leurs lectrices ont accueilli avec enthousiasme ces histoires d’amour très fortes entre garçons[11].

Keiko Takemiya, autrice de Kaze to ki no uta, est l’une de ces pionnières, elle appartient à cette génération de femmes autrices de manga appelée rétrospectivement le « Groupe de l’an 24 », allusion à leur année de naissance puisque ces autrices ont toutes une vingtaine d’années quand elles commencent à publier à la fin des années 1960[12]. Le Poème du vent et des arbres s’inscrit donc dans un élan féministe, créant de nouveaux motifs au sein du manga shojo, jusqu’à « faire genre[13] », ou sous-genre, puisque ces bandes dessinées vont être estampillées a posteriori comme shonen-ai. Cette pratique culturelle s’inscrit donc profondément dans la culture médiatique qui l’a vu naître et dans l’interdiscours d’époque.

Parmi les stéréotypes qui circulent entre les créatrices de shojo jusqu’à donner l’impression d’une production en série – impression renforcée par le fait que ces bandes dessinées sont lues dans les mêmes magazines, et donc rassemblées matériellement sur les mêmes pages, le même support –, figure celui de l’école ou du pensionnat : les héroïnes ou héros sont de jeunes adolescents, vont en cours, portent l’uniforme et ont un quotidien qui ressemblent à celui de leur lectorat. Plus précisément, pour les productions issues du groupe de l’an 24, ce pensionnat est délocalisé en Europe, dans une période passée assez imprécise. Au début des années 1970, plusieurs récits courts de Hagio Moto, amie et collaboratrice de Keiko Takemiya, se déroulent dans une « ancienne Europe, presque intemporelle, une unité de lieu vraiment récurrente durant les années 1960-70[14] ». Le Cœur de Thomas, manga quasi contemporain de Kaze to ki no uta, se déroule aussi en Europe, dans un pensionnat en Allemagne. Les deux sont publiés à deux ans d’intervalle dans Shojo Comic, créé par la maison d’édition Shogakukan en 1968 pour prépublier des mangas. Comme le pensionnat d’Arles, il s’agit d’un cadre raffiné, où règnent la musique, la sculpture, les arts. L’austérité religieuse est aussi très présente, – à l’image de la rosace sur la première page de portrait de Gilbert Cocteau (voir la figure 3), – comme pour mieux faire ressortir le désordre intérieur des adolescents qui y vivent. Cet éloignement géographique et temporel est-il une précaution, au vu des amours homosexuelles au cœur de ces histoires ? On peut dans tous les cas dire que le tropisme pour la culture européenne, et française en particulier, n’y est pas étranger.

En effet, ces autrices – qui ont réalisé ensemble un tour d’Europe pendant un mois – ont toutes en commun des références culturelles européennes, qu’elles réinvestissent dans leurs fictions. Hervé Brien sur Hagio Moto explique à propos de la nouvelle « Bianca » :

Le récit se passe dans un pays européen, vraisemblablement en Grande-Bretagne, avec des fillettes blondes aux vêtements de l’entre-deux-guerres. L’atmosphère y est nostalgique, dramatique même à certains moments. Hagio Moto a confirmé à plusieurs reprises qu’elle était une grande lectrice de littérature anglo-saxonne classique dans sa jeunesse grâce aux livres disponibles dans les bibliothèques scolaires. En cela, la manga-ka s’inscrit dans un mouvement d’engouement pour les belles-lettres occidentales, né au Japon au début du vingtième siècle[15]

Ces références – titres de films, noms d’auteurs, courants littéraires – sont partagées, reprises, échangées. Parmi ces dernières, l’auteur allemand Herman Hesse, comme le film de Jean Delannoy Les Amitiés particulières (1964), ou Mort à Venise de Visconti (1971) sont souvent citées. Elles ont marqué le groupe d’autrices dans leurs années de formation, et les ont influencées dans les thématiques majeures à venir de leur manga. Les allusions et tributs à la culture européenne sont aussi internes aux œuvres : Hagio Moto écrit Pō no Ichizoku, dans lequel on trouve deux vampires, Allan amoureux d’Edgar. Renouvelant cette fois le manga pour fille par la littérature de genre, l’autrice cherche une légitimité par le recours à un grand nom du fantastique européen. Ces multiples références nous font donc repenser la place du patronyme « Cocteau » accolé au prénom « Gilbert ». Ce dernier rejoint d’autres noms d’auteurs qui font signe vers l’Europe, et l’écho aux Enfants terribles se mêle à d’autres intertextes, essentiellement cinématographiques, dont les thématiques sont proches. Outre cette référence littéraire devenue incontournable au Japon, Cocteau y étant traduit et enseigné à l’école depuis longtemps, on peut imaginer que c’est aussi l’icône gay qu’il peut représenter à l’étranger, que Takemiya a mobilisée en donnant son nom au personnage de Gilbert. L’homme et l’œuvre ne sont pas isolés mais rejoignent donc un ensemble de références typiques de la production manga de cette période, faisant sens par rapport au renouvellement du shojo apporté par ces autrices.

En effet, l’autre trait caractéristique, qui devient un stéréotype du shonen-aï, est l’histoire d’amour homosexuelle, à tonalité dramatique, au cœur du manga : viol, suicide, inceste, ces mangas ont en commun la dimension mélodramatique. Les histoires torturées de Gilbert, Serge, et leurs acolytes sont une variation de celles de Juli, Thomas et Oscar dans Le Cœur de Thomas. Par exemple, comme Serge, Juli vit mal son attirance pour les garçons et rejette violemment celui qu’il aime (Thomas), entraînant le suicide de ce dernier. Comme Gilbert, il est attiré par un garçon plus âgé que lui, qui abuse de lui, le torture et le viole. Gilbert Cocteau est donc une sorte de parangon des personnages de ce genre : s’il a marqué le lectorat, c’est sans doute parce qu’au fil de la saga, s’écoulant sur plus de sept ans, il a pu subir tous les outrages et ainsi représenter une sorte de figure syncrétique des personnages androgynes des shonen-ai de sa génération. Son nom propre n’en fait pas une singularité, une exception : au contraire, au vu de ses connotations, il l’inscrit profondément dans la série. En outre, il ne faut pas minorer la dimension visuelle : Gilbert s’inscrit dans une série d’adolescents à la beauté androgyne, il ressemble à Thomas, comme Serge ressemble à Juli. Le portrait sur la couverture de la traduction française chez Kazé est en cela éloquent. Quant à la vignette centrale, qui sépare les deux jeunes garçons, elle donne tout de suite la tonalité du manga. Or cette représentation mélancolique du suicide par cette silhouette gracile au milieu d’un tapis de fleur, de même que la planche du suicide de Thomas, alors que tombe la neige, n’est pas sans évoquer certaines scènes du Poème du vent et des arbres, quand Gilbert, désespéré d’amour, frôle la mort après une course effrénée, de nuit, dans une tempête de neige. D’un point de vue esthétique, on remarque aussi le lourd tribut de l’anime pour les dessins de Moto Hagio (voir les figures 8 et 9).

Figure 10 : Couverture de la traduction française, Le Cœur de Thomas
Figure 11 : Planche du suicide de Thomas

Resitués dans la série culturelle à laquelle ils appartiennent, on se rend ainsi compte que certains motifs qui semblaient faire signe vers l’œuvre coctalienne deviennent in-signifiants : le pensionnat, la chambre, les amours entre garçons, le drame, la neige, sont des stéréotypes, circulant d’un manga à un autre, dans un même groupe d’autrices, souvent dans les mêmes magazines spécialisés (de la maison d’édition Shogakukan), jusqu’à se sédimenter suffisamment pour « faire genre », non pas dans une définition transcendante mais comme « pratique historique », inscrite plus largement dans un interdiscours qui le construit.

À sa manière, Jean Cocteau aura donc bien participé à ce renouveau féministe du manga, en donnant son nom à l’un des personnages les plus emblématiques d’une génération : Gilbert. Cependant, malgré la particularité de ce mot, « Cocteau », nom propre[16] dont le signifié est a priori unique, les significations qu’il charrie sont très diverses, multiples, en fonction des communautés interprétatives qui le rencontrent en lisant ce manga. Pour le lecteur français, amateur de Cocteau, Kaze to ki no uta peut se présenter comme un manga directement sous influence de la vie et de l’œuvre du poète. Il gagne même ses lettres de noblesse par l’intertexte coctalien et le jeu biographique, alors qu’il appartient à un genre a priori considéré comme étranger à la littérature. Le nom propre pourra alors y tenir un rôle distinctif, par l’aura seule qu’il a sur cette communauté interprétative et par la signification qu’il apportera à l’œuvre. Pour les lectrices et les lecteurs de manga, habitués à ce tribut aux belles lettres occidentales qu’ils rencontrent fréquemment d’un titre à un autre, ce même signe n’aura rien d’extraordinaire et il sera même plutôt « invisibilisé », comme on l’a vu, par rapport au prénom du personnage. Cependant à ce titre, le nom propre intègre alors Kaze to ki no uta dans un ensemble de textes qu’ils apprécient, une série culturelle propre à un contexte, qui a été clairement identifiée a posteriori par les historiens du manga.


[1] Fumio Chiba, « La littérature française du 20e siècle lue du Japon : Études, recherches, publications critiques et traductions », dans Dominique Viart (dir.) La Littérature française du XXe siècle lue à l’étranger, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2011, p. 239-249. Voir aussi le numéro 16 des Cahiers Jean Cocteau intitulé Jean Cocteau et l’Orient, sous la direction de David Gullentops, Paris, Éditions Non-Lieu, 2018et notamment le dossier d’articles « Documents et témoignages sur Cocteau au Japon ».

[2] Stanley Fish, Quand lire c’est faire. L’autorité des communautés interprétatives (traduction 2007)

[3] Ibidem, p. 55.

[4] Je tiens à remercier chaleureusement ici Audrey Garcia et Hiroyuki Kasai, sans qui cet article n’aurait pu voir le jour.

[5] C’est sur cette version traduite à partir de celle de Flower comics que nous nous appuierons : https://www.scan-manga.com/lecture-en-ligne/Kaze-to-Ki-no-Uta-Chapitre-2-FR_21386.html#1810.21386.643553
Pour voir l’anime, Kaze to ki no uta SANCTUS (1987) : https://www.youtube.com/watch?v=ruV2xh4epQU

[6] Seul un éditeur italien pour l’instant a suivi cet exemple.

[7] Olivier Bara, « Les débuts de Cocteau dans Comœdia et Comœdia illustré (1909-1912) », dans Pierre-Marie Héron et Marie-Ève Thérenty, Cocteau journaliste, Presses Universitaires de Rennes, 2014, p. 31-48.

[8] On peut penser notamment à la série de photographies de Gisèle Freund.

[9] https://www.youtube.com/watch?v=ruV2xh4epQU Voir 38 :00 et suivantes.

[10] Hervé Brient, dossier « Hagio Moto, une artiste au cœur du manga moderne », du9, 2013.

[11] Fujimoto Yukari, « La culture ‘’boys’ love’’ changera-t-elle les sociétés japonaise et asiatique ? », https://www.nippon.com/fr/in-depth/d00607/

[12] Hervé Brient montre bien dans son article la construction rétrospective qui s’est produite à cette période, faisant émerger un « groupe » au sens d’école ou de courant, alors que ces autrices, qui se sont côtoyées, n’ont jamais revendiqué une telle étiquette : « “Le groupe de l’an 24” n’ayant aucune réalité, son contour est assez vague et dépend surtout de qui en liste les membres”. Matt Thorn, dans son article The Magnificent Forty-Niners publié dans le numéro 269 de janvier 2005 du Comics Journal, y inclut principalement Hagio Moto (la seule réellement née en 1949), Takemiya Keiko et Oshima Yumiko. Ikeda Riyoko est souvent rattachée au “groupe de l’an 24” simplement parce qu’elle a publié ses œuvres les plus marquantes à la même époque et a grandement participé à la diversification des thèmes et du graphisme dans le manga pour filles dans les années 1970. »

[13] Matthieu Letourneux, « Le genre comme pratique historique », Belphégor [en ligne], n°14, 2016. URL : http://journals.openedition.org/belphegor/732

[14] Hervé Brient, op. cit.

[15] Hervé Brient, op. cit.

[16] En linguistique, on parle de « désignateur rigide » car, contrairement à un signe linguistique normal, le nom propre renvoie directement à son référent, sans passer par l’idée virtuelle.


Pour citer cet article

Amélie Chabrier, "Quand Gilbert Cocteau révolutionnait le manga", Cahiers JC n°19 : Cocteau en fiction(s), [en ligne], 2021, 15p, consulté le 26/11/2021, URL : https://cahiersjeancocteau.com/articles/quand-gilbert-cocteau-revolutionnait-le-manga/